13 juillet 2019 - Maintenon - La veille du départ


Après des mois à avoir été profondément éprouvé, stressé, mais plein d'entrain, le départ se profile. Demi-esquisse du fait que je serai toujours sans domicile (la construction de Raymonde a pris 100 jours de retard) et toujours sans date (le fournisseur est vague, ce n'est pas plaisant). Dès demain, je rejoindrai le premier écolieu. Les conditions seront précaires, logé sur place, mais ça permettra de vivre pleinement.

Sommes-nous relativement nombreux à être numéro 1 sur les croquis d'Arthur Keller ? Ici en cette médiocre ville de Maintenon, dont départ se profile heureusement demain, la réponse est oui. Ça va être choquant. Quelle sera l'inquiétude lorsque les situations globales vont se dégrader vers une courbe descendante difficile à maîtriser ?

Étant largement numéro 4 depuis des lustres, et si nous inventions le numéro 5 ? Se mettre volontairement tout en bas afin de reconstruire les fondations ? Irréaliste, utopique ? Certes qui pourrait en dire le contraire ? Il n'y a guère de réponse et plus que des questions tant on se sent démuni face à l'immobilisme sociétal.

Certains estiment que je me suis fait embrigader dans une secte, notamment et surtout sur les questions d'un effondrement imminent de la structure économique de la société thermo-industrielle. Puissent-ils avoir raison, car la chute sera douloureuse ; si elle peut s'avérer moins brusque, ça ne serait pas un mal. Quelque part désormais, ce qui (me) compte est d’œuvrer pour un monde meilleur, sans prosélytisme : chacun fait ce qu'il peut. Je ne parle même plus de ce qu'il veut. Imaginez-vous des gens plongés dans le travail salarié ne compensant pas par une intense vie de loisirs ? Impossible. C'est assez directement dépressif et dénué de sens.

Dès lors, j'ai réfléchi – gambergé, je me suis désorienté – dans une immensité de possibles. Comment donner un sens, comment être soi-même une vie meilleure ? Sans être présomptueux pour un sou (petit problème de confiance en soi), j'ai établi mon existence future en trois grands axes et en fin de compte, un peu tout rentrera là-dedans.

Premier axe : l'autonomie alimentaire
Faire de la bouffe, ce n'est pas facile. Le projet consiste à apprendre auprès de plusieurs écolieux, au gré des saisons, et dès lors se séparer de la nourriture manufacturée.
Le chocolat, le café et le riz figurent parmi les plus mauvais aliments en matière d'empreinte écologique. Ca va être très compliqué !
Rien que ce projet va demander une énergie folle. Ça semble à ce point hors de portée.

Deuxième axe : régénérer
Désormais, je calcule les grosses dépenses carbone. A chaque dépense, je me suis imposé de compenser. En quelque sorte, imposer n'est pas le bon mot : c'est plutôt le marqueur d'un souhait vif. En résumé vu de loin, ça signifie que si je fais un trajet de 40 kilogrammes Co2, je vais planter un équivalent permettant de régénérer.

Là dans l'immédiat, c'est un grand n'importe quoi car j'ignore comment on régénère. Déjà je songe à planter du fruitier sur tout plein de terres en déshérence, afin que tout un chacun puisse en profiter plus tard. C'est niais, mais en résumé cela ouvre un état d'esprit : apprendre, agir, quand bien même ça implique une certaine forme de désobéissance civile.

Troisième axe : aider
Ce qui sera très important. Outrepassant que l'effondrement sociétal sera graduel ou brusque, puissant ou étagé en mille millier de petites destructions locales – qui saurait le dire sans charlatanisme, il faut et faudra du monde pour aider. Sans détour l'axe le plus important pour moi, bien qu'absolument indissociable des autres.

C'est aussi parce que la solidarité locale s'est plus ou moins éteinte. Bienveillance gratos, ça fait tant de bien (vois celle que j'ai reçue ces dernières semaines, c'est émouvant). Aider les vieux, aider les gens qui seront perdus, dans le besoin. Les survivos prévoient un Mad Max 3. Pourquoi pas... Mais ce n'est pas en cela que je veux œuvrer.

Désormais que l'administratif est pour ainsi dire achevé, il va être enfin possible de se concentrer sur ces aspects nettement plus constructifs. L'étape suivante sera le premier écolieu.

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