4 août 2019 - Saint-Pierre des Nids



Le séjour à Gesvres a permis de rencontrer Cyril et Florence, herboristes à Saint-Pierre des Nids, petite commune des Alpes Mancelles à deux pas de la ferme Les Vallées. J’ai pu bénéficier de la chance d’être accueilli dans leur établissement durant une journée, afin de prendre connaissance du rare métier d’herboriste.

Rendez-vous tôt sur le site, au loin les brumes sont encore rampantes sur les pâtures. L’accueil est chaleureux. Aux murs, d’innombrables planches présentent les plantes. C’est beau comme tout.

La journée débute par l’atelier, dans lequel les plantes sont préparées. Des brins sont disposés au séchage dans de vastes claies. Il faut éplucher les plantes par des gestes manuels d’une adresse certaine. Le souhait de qualité est si intense que tout est réalisé à l’ancienne : des mouvements ancestraux de précision. Une production arkopharma où la plante est passée au broyeur a une valeur, en cet établissement la qualité du produit est telle que la valeur est cent fois supérieure. La vertu des plantes est conservée, tandis que l’industriel est déplorable.

De ce fait, le travail est celui d’un respect de la plante, d’une grande minutie et d’une lenteur ineffable. Une plante au séchage trop rapide, passée au broyeur, est simplement morte. Elle perd ses valeurs essentielles. Avec le travail à l’atelier et cette pratique, les vertus sont préservées.

Durant la pause de midi, Cyril a contrôlé les macérations huileuses solarisées et ses vinaigres d’ail des ours.

L’après-midi a été consacrée à la récolte, la forte rosée du matin étant passée. La cueillette du bleuet est éreintante au niveau physique, mais c’est chouette. Admiration pour eux qui sont au champ sept jours sur sept. On partage la récolte avec les abeilles, qui sont agréablement présentes. Lors de la cueillette, les rhizomes des champignons envoient un signal, ce qui provoque que les bleuets de la fin du rayon se dépêchent intensément de fleurir. On le voit à l’œil nu heure par heure. Le rythme est celui des plantes, c’est respectueux.

Lorsque j’ai quitté le lieu, après quelques dizaines de conseils judicieux sur mes cueillettes dans les chemins de campagne – souvent maladroites – j’ai ressenti que ce couple perdure une activité certes dure mais précieuse. Avant, chaque coin de jardin possédait ses petites plantes médicinales ; de nos jours tout cela a disparu au profit de gazons bien tondus. Bien que ça ne soit pas leur vocation, il est clair que chacun devrait pouvoir bénéficier de la chance de les rencontrer.

Connaître leur métier prendrait un an au strict minimum, à condition encore de connaître leur bibliothèque. Et à vrai dire, encore et encore. C’est touffu et exigeant. Mais en guise de toute petite introduction, ça fait plaisir. Mes remerciements sont vifs.

Quant à la ferme à Gesvres, un mois sur place aura permis de cerner les souhaits en matière de production animale. C’est un enseignement bon. Il en ressort que je ferai très peu à l’avenir, mais soit ce n’est guère une surprise. En faire partie intégrante a permis de savoir. Des Vallées, il faudra en partir, vers l’Ardèche, car je suis appelé à des démarches administratives qui se font désormais tangibles. Cela devient peu à peu concret, mais j’en reparlerai.

Ces rencontres scellent une fragilité intense. Je n’ai d’autre mot. Mais c’est bien, il faut l’accepter tel quel, se l’accorder, et cultiver cela comme un terreau fertile.






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