2 septembre 2019 - Cour et Buis



La période est encore remarquablement mouvementée. A la base, ce qui devrait se retraduire par des hauts et des bas est en réalité une somme de très hauts et de très-très bas. C’est provoqué par l’intensité de ce qu’il se passe au presque-quotidien et certes, ce n’est pas des moindres. Il s’avère qu’étant pour le moins gigantesquement seul dans la mêlée, ça fragilise d’autant plus. Reste que, les bas tombent relativement vite dans un ravin et s’oublient, heureusement ; en somme le bilan est plaisant.

Depuis Cour et Buis, petite commune rurale du nord de l’Isère, à la ferme de chez Céline. Le site est un corps d’exploitation ancien, bâti en pisé. C’est une curieuse architecture locale, les murs sont constitués de briques massives en terre tassée. Le site est traditionnel et avenant.

La ferme en tant que telle consiste en l’élevage de 48 chevaux Camargue et une bonne vingtaine d’aurochs. Ce sont des vaches un peu particulières étant donné qu’elles sont « sur pattes » les dessins de Lascaux : des vaches préhistoriques. Considérant que la race est éteinte, il s’agit en vérité d’aurochs reconstitués. La variété a été recrée par deux chercheurs dans les années 30.

Evoluant dans de vastes enclos forestiers entrecoupés de prairies et de ruisseaux, les animaux peuvent vivre une existence paisible, notablement marquée par la faculté d’être dans un milieu qui leur convient, vaste et varié. Ici les aurochs ne sont pas écornés (ça fait super méga mal à l’animal d’être écorné). Le taureau utilise ses cornes pour baisser les branchages. Ses vaches se font alors un festin tandis le taureau patiente. Véritable bulldozer sur pattes et rustique, l’auroch défonce les bosquets si ça lui chante, et surtout si l’herbe est verte derrière. Dans la forêt et sous la pluie, on entend les branchages craquer, puis meeeeeuuuuh ! Bon certes, il en fait de même avec les clôtures ! Mais ici en ce coin tranquille, ça ne dérange personne… tandis qu’au fil de chemins tous bleus de chicorées en fleurs, on répare et on répare !

Les Camargue quant à eux sont rustiques, indépendants, joueurs et d’un caractère bien trempé. De temps à autre, ils partent en de grandes embardées en faisant « hululu » comme disait mon petit frère. Ils jouent avec le bassin d’eau puis en ruades, rappellent leur caractère sauvage.

Le séjour à Cour et Buis n’est pas destiné à de l’apprentissage, il s’agit d’une amitié. En effet je ne vais pas élever des aurochs à ma future ferme. Les travaux menés sont plus de l’ordre de l’entraide que de l’écolage. Reste que la présence dans une ferme est remarquablement riche d’enseignement, quel que soit le mode d’exploitation engagé. C’est donc un très bon séjour.

Une plaisante occasion pour partager un enregistrement sonore des aurochs, lors d'une période d'évasion. Un veau se trouve à perpette les alouettes, un taureau quant à lui est éloigné. Roger le veau beugle le long de la ferme, les vaches protestent ; c'est une belle ambiance mémorable.



Du point de vue des nouvelles, c’est là qu’on s’engage dans les courbes stratosphériques des émotions bien chamboulées.

Premièrement la ferme en Ardèche. Bien que ça reste encore un sujet compliqué et évolutif, on peut globalement dire que c’est fait, c’est acheté. Le dossier est chez le notaire et désormais, c’est le délai d’attente de trois mois permettant de réaliser l’acte de vente. Autrement dit, il est envisageable que j’y sois pour décembre. Avoir une ferme est un gros-gros rêve qui se réalise, tout de même.

Un séjour de 8 jours sur place a permis de voir absolument tous les villages alentours, évaluer les distances, les bénéfices de chaque lieu, mais aussi et surtout de rencontrer la quasi-totalité du voisinage. Dans ce recoin extrêmement isolé de la ruralité ardéchoise, autant dire que les relations de bonne qualité avec les voisins sont importantes. La présence sur place a généré de fortes inquiétudes : étroitesse des routes, isolation extrême, climat rude, sol granitique. Chaque aspect a possédé sa solution mais autant dire que ça n’a pas été immédiat.

Il faut avouer que si je n’avais pas été accueilli par Jean et Camille, presque-voisins d’un peu plus bas, l’aventure ardéchoise se serait arrêtée là. Au fil de repas offerts et d’une gentillesse à la fois simple et spontanée, ils ont su rassurer et trouver les bons contacts pour prouver les bases de leurs rassurances. Que c’est riche de bénéficier de cette bienveillance.

Au fil des voyages dans les fermes, je sais de plus en plus ce que je vais y proposer : permaculture en respect du sol, poules pour les œufs, herboristerie et exploitation de la châtaigneraie. Ca fait déjà énorme. Les premiers chantiers consisteront à couvrir les terrasses de feuillage humifère (les sols sont actuellement enherbés de graminées rudes), construire la serre, bâtir le poulailler, construire les claies de séchage et le labo pour l’herboristerie.

Deuxièmement et fameux sujet, la roulotte. Normalement je bénéficiais de Raymonde, une superbe roulotte. Cependant, le constructeur ayant pris 6 mois de retard – plus du ‘encore indéterminé’ – j’ai renoncé au projet en début août. Au fil d’un conflit démoralisant en ces dernières semaines, il s’avère en fin de compte que le fabricant a réalisé des efforts. Comprenant le désarroi et que je coulais tel un Titanic (il refusait de me rembourser et l’on s’orientait vers une résolution en justice de proximité, en bref l’horreur), il m’offre désormais une roulotte nettement plus grande, prête au 15 octobre. L’objet de la concession est que celle-ci sert actuellement à être montrée à de futurs acheteurs, sans roulage spécifique. Elle est extrêmement belle.

En tant qu’effondré, ça fait depuis mars que je déconstruis et reconstruis et je ne serais pas étonné que ça prenne, en tout et pour tout, un an au complet. Le bilan est que ça va bien, même si émotionnellement, le sentiment de solitude est sensible et poisseux. C’est trop gros pour le petit gars que je suis. Je rêve d’un noël auprès des forêts. Il caillera sa mère, je serai seul face au terres – certainement totalement désemparé – mais a minima, les grosses transformations seront achevées.

Au printemps, lorsque les jours seront plus agréables et que les premières cultures sortiront de terre, je pourrai inviter des effondrés en Ardèche, sans autre forme que la solidarité-gentillesse pure dont je bénéficie maintenant : autant chez Céline que je le sais, les prochains effondrés que je rencontrerai de site en site. Peu nous importent nos pauvretés, parfois crues, nous avons de grands cœurs et ça vaut combien de richesses.



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