31 octobre 2019 - Ardèche



Après le séjour à Sens chez mon frère, que je remercie vivement pour l'accueil, j'ai été chercher la roulotte Raymonde à Mennecy.

La vie d'avant, dont j'évoquais les prémices le 16 mars, est à ce jour totalement déconstruite. La reconstruction est longue, petite brique par petite brique. Elle avance, comme une longue série évoquant presque moqueusement l'épisode 1325 des feux de l'amour ou de la croisière s'amuse. Soit, c'est tout sauf de l'immobilisme. En fait c'est déjà bien.

Bref de préambule et après trois reports, lundi passé, j'ai été chercher la belle Raymonde tant attendue. Attelée à proximité d'Evry, je l'ai amenée en Ardèche au gré d'un trajet de deux jours. Un résumé simple de la situation est que de tracter jusqu'au parking temporaire a pris 1,9 jours et les 3 derniers kilomètres ont pris 4 heures.

Au sein de ce dernier parcours, j'ai reçu de plein fouet un véritable miracle du quotidien. J'étais en détresse, immobilisé dans un lacet, les voisins m'ont tiré d'une situation périlleuse. Eux aussi, parmi d'autres, permettent d'avoir la conviction que ça valait le coup de faire ce choix initialement difficile, déconstruire une vie aisée mais malsaine en vue d'un espéré-meilleur plus respectueux, plus humain. Sans héroïsme aucun, nous sommes désormais nombreux à porter ces choix.

La roulotte est stationnée temporairement dans l'attente de l'achat de la ferme. Ce que j'imaginais prendre trois mois s'éternise en une infinité. Mais ça va aller. Au regret de nous-tous qui avions l'espoir d'y organiser un noël nouvel-an, c'est rapé comme un céleri, nous n'aurons pas encore les clés.

Placée de travers, pas encore décorée et meublée en complet vrac, la roulotte est pour l'instant sommaire. Pas d'accès à l'eau ni à l'électricité, pas encore de chauffage, c'est pour ainsi dire le début du début du commencement. Mais mazette, qu'est-ce que ça fait plaisir !



Surtout désormais, ce domicile permet de diminuer drastiquement la consommation de carburant (divisé par 20 aux premières estimations), et de commencer à vivre avec moins d'argent. Tout compris, le budget du mois de novembre s'élève à une estimation de 76 euros. A voir si ça se réalisera, l'objectif est plaisant.

Pour l'instant et à l'orée de l'hiver qui s'annonce, c'est douche dans le bassin de la rivière, ramassage des châtaignes, commencer à tisser un paquet de liens locaux. La vie reste actuellement dure à cause du dénuement (lavage, chauffage), mais à chaque jour sa petite marche d'escalier. Les avancées font très-très plaisir.

Au 21 décembre, le soleil passera parait-il derrière la cime à 13h45. Comme le dit Madeleine, faudrait la dynamiter cette montagne ! Solution simple ma foi ! A Mayres, les monts ont pris leurs atours d'automne, c'est beau à tomber. C'est ceci la vie désirée. Même si c'est dur, même si c'est long dans son évolution, c'est ça qui emplit le coeur d'une lumière surpassant tout hiver.

La prochaine épaisse étape est de finaliser l'achat de cette ferme. Ca prend un temps fou, déraisonnable, irréaliste, incompréhensible. On y met du coeur et on va y arriver. A partir de cet instant, il sera possible d'accueillir.

Dans l'attente, presque longue comme la salle d'un médecin durant une épidémie de grippe, la vie en roulotte permet d'épouser la nature, s'adapter, écrire ce petit texte durant la pluie. Pas de frigo, pas de douche hormis la rivière, et pourtant tout le fait. En lente évolution, c'est un peu rude mais qu'est-ce que cela peut foutre désormais ? Mes voisins ont abandonné leur repas pour me sortir de la détresse ; hier j'ai tiré des nouveaux voisins-voyageurs des embarras ; à l'aube des oiseaux se sont bastonnés sur le toit de la roulotte ; dans la nuit un chien trempé est venu chercher abri. Quoi d'autre à dire que c'est beau comme un refuge, cette Ardèche rude que l'on se surprend à aimer de plus en plus.

Cet apaisement, cette sérénité, cette rassurance, cet espoir de plus en plus fou, c'est le plus grand cadeau que je peux offrir à ces dizaines de personnes qui m'ont protégé ces derniers mois ; c'est aussi tout ce que je dois rendre à la vie (d'aucuns diront que ce n'est pas nécessaire), et pourtant c'est ça qui fait plaisir : offrir, partager, consolider. Quelque part, outre solidifier les fondations de ce désir, c'est ce qu'il reste à construire, le bonheur est dans ce pré.




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