16 octobre 2019 - Mont-St-Guibert (be)


J'achète une ferme, je suis agriculteur. Ces mots inlassablement répétés, petits, fragiles, bulles vaporeuses d'une demi-réalité demi-rêve : un futur frêle qui prend son temps. Huit mois après, le mot partir est toujours en forte évolution ; je ne m'étonnerais même plus désormais que le processus en vienne à prendre un an au complet, avant de réellement planter la première salade. Au gré de mille et un petits demi-tours, les vents soufflent et honnêtement, transiter de la tramontane au mistral en passant par les coups de sirocco, ce n'est guère un long fleuve tranquille. Que j'entende les parcours d'Olivier ou de Lucile, nous sommes logés à la même enseigne ; même si les vents remuent, c'en est pas moins agréable : on s'en sort, on est ensemble, c'est cela qui compte.

C'est dans cette ambiance qu'au fil d’innombrables tâtonnements et indécisions, perplexité voire même vacillations au gré de réunion whatsapp je-ne-sais-combien maladroites, je suis temporairement de retour en Belgique. Le but est que nous puissions avancer sur nos projets et ce sans irrésolution. Fort à propos, cet amas de réunions nous offre un joli parcours de réussite(s) non loin d'approcher un sauvetage en quelques formes.

Créer un écolieu, qu'il soit sous la structure d'un isolé fond de vallée ou bien d'un site dévoué au partage, cela répond à un cheminement complexe : ce n'est pas claquer la porte de l'avant et élever des chèvres sur un recoin de pâture ; quoique cela soit très tentant je l'avoue, mais soit, nous n'avons pas pris cette voie. Dès mars, je parlais d'acheter une ferme, nous sommes en octobre et ce n'est toujours pas complètement achevé. Mazette. Moi qui cherche inlassablement à convaincre que la vie d'après est belle et que cela marche ; ça ne fonctionne qu'au gré d'un parcours ralenti, peut-être le signe que notre société allait trop vite. La solidarité, quelquefois immense, est indispensable. C'est un prix, c'est un cadeau, c'est un bonheur qu'il faut rendre et diffuser.

Nous avons rédigé nos besoins et nos attentes (déjà rien que ça a été épique), établi notre budget, rédigé une charte, un règlement d'ordre intérieur. Nous constituons une SCI afin de gérer le bien immobilier et sommes à l'étape d'un compromis de vente bien structuré. Nous avons construit le design de notre projet, établissons un mode de gouvernance partagée et mettons doucement en place un calendrier. J'aimerais dire que la ferme en Ardèche, c'est fait, mais ce n'est pas encore le cas. Fort heureusement nous sommes en bonne voie.

Tout cet administratif je-ne-sais-combien barbant occulte d'autres réalités, celles de minuscules réussites qui injectent de la rassurance au coeur. La semaine passée à Laon puis à Soissons, j'ai passé mon permis remorque. Au sein d'un convoi de 4,7 tonnes en pleine ville, j'ai dû mener des manœuvres terribles ; c'est dur, marqué au fer blanc d'un perpétuel et envahissant manque de confiance en soi. Pourtant ça a marché avec distinction et là encore une fois, c'est un message un témoignage une consolidation. Dès lors il est désormais convenu que j'irai chercher Raymonde 2 dans un délai bref. Mener la roulotte à la ferme sera un défi surhumain : routes effroyablement étroites, lacets terribles. Le lâcher prise est tel que... je m'en moque éperdument. Je suis passé par tant de chaos et par tant de solutions que... des solutions s'offriront. Souvent, toujours presque, c'est grâce à l'aide inconditionnelle et la gentillesse des gens.

Actuellement purement en période d'attente et d'errance ce n'est plus autre chose, à la porte de l'hiver j'ai dû parcourir les rues de Court-St-Étienne. J'ai ressenti un puissant malaise. Je ne suis toujours pas guéri, mais soit cela aurait été honnêtement plus facile à ne pas devoir y revenir. Peu importe en fin de compte. Je suis aidé, soutenu, aimé pour ce que je suis : fragile et maladroit, invariable bouleversé, ça fonctionne pour autant.

Ce sont d'ailleurs, depuis 3 mois et graduellement montant, de plus en plus de situations qui se proposent menant notamment à vivre sans argent, un joli rêve en soi. On pourrait penser ce genre de situations comme étant assez délicat, disons plutôt que c'est irrégulier, extrêmement consommateur de temps, amusant et générateur de plein de contacts. Sans que cela soit atypique, l'exemple type est d'aller au coiffeur (n'ayant pas spécialement le souhait d'être un homme des cavernes) : se rendre dans une école de coiffure locale est un joli mode d'échange. Bon d'accord, je ressemble à un mouton tondu avec les forces !

Depuis la fin du mois de juin, frontière de l'avant, le seul bilan que je tirerais est que ça plonge dans une gigantesque fragilité et cette spirale placée au coeur d'une égale manifeste vague de soutien. Je dirais : nettement plus d'affliction, nettement plus d'apaisement. En quelque sorte, comme c'est la vraie vie, c'est démultiplié ; ce n'est plus anesthésié dans une existence morbide dans laquelle on essaie de ne pas trop penser. Oui en fin de compte, c'est bien, je peux l'affirmer.

Sans que je ne puisse plus expliquer ni plus ni quand ni où je serai demain, les projets mènent vers Raymonde 2 et à descendre en Ardèche. La vie est trop courte pour être petite, c'est désormais dévoué à l'avenir et aux possibles, qu'il faudra partager intensément.

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