26 mai 2020 - Les Vans



WE ARE IN UK

Telles sont les paroles que je devais propulser depuis des mois.

C. et P. aident des migrants, sans papiers, à construire une vie meilleure. Ces derniers découpent méticuleusement des bâches de camion. Il se cachent à l'intérieur puis referment avec grand soin. Destination l'Angleterre.

P. dit : ils font la démarche une centaine de fois. Ils échouent. Détectés, quasiment immanquablement. Puis ils recommencent.

Un jour alors nous recevons un sms laconique : we are in uk.

Après toutes ces épreuves, ils sont passés.

La Boissière, Thines, la dernière des dernières impasses, plus loin c'est la bamba à perte de vue. Cela fait dix mois, quasiment pile. Ca aurait dû en prendre trois et demi, dans le meilleur des mondes (six mois auraient été raisonnables, hormis les épreuves). A notre tour, nous sommes passés. Après acharnement.

Oh, on ne va pas en faire un plat.
Certainement pas.
C'est bien. C'est vrai, c'est très bien.
Nous sommes heureux.
On aura des ennuis, tout plein, mais ils nous appartiendront. Ce ne seront plus des ubuesques administratifs dans le labyrinthe du minotaure. Nous serons sereins, avec nos problèmes, des petits, des grands ; ce sera la vie. La vie comme ça, avec simplicité.

Avant tout, je crois qu'on doit guérir de nos blessures, notre humanité tailladée et douloureuse, ces derniers jours, la vie décrite comme étant criblée d'impacts météoritiques ; oublier (pardonner) cette soirée au téléphone à littéralement gueuler comme un putois acculé ; avec soin, lenteur, délicatesse, guérir.

« Tant que tu pourras contempler le ciel sans crainte, tu sauras que tu es pur intérieurement et que malgré les ennuis tu retrouveras le bonheur »
Anne Frank

A laquelle cette maison est dédiée, l'annexe, le refuge, puisse cette maison être partagée, appartenir au destin de personnes en ayant besoin.

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